Fermer son officine pendant deux ou trois semaines en août reste une pratique courante en France, en particulier dans les zones rurales et les petites villes. Mais cette décision, qui paraît relever de la seule organisation interne, croise en réalité plusieurs cadres juridiques et déontologiques. Le titulaire ne peut pas fermer librement quand il le souhaite : il doit s’inscrire dans le maillage territorial organisé par l’Ordre, prévenir les patients, et anticiper la gestion des congés de son équipe.
L’enjeu est à la fois pratique, assurer la continuité du service de santé, et organisationnel : gérer les congés imposés, le planning des semaines précédant la fermeture, le retour de tous les salariés au même moment. Cet article passe en revue les règles à connaître avant d’arrêter une date.
Le principe de continuité du service pharmaceutique
L’article R5125-25 du Code de la santé publique impose à toute officine d’assurer un service permanent. La fermeture pour congés est possible, mais elle suppose que la continuité de la dispensation reste assurée dans la zone d’attractivité de l’officine. C’est précisément l’objet du tableau de garde organisé par le conseil régional de l’Ordre des pharmaciens, qui répartit les fermetures et les permanences. Le titulaire qui souhaite fermer en août doit donc s’inscrire dans ce dispositif et obtenir, le cas échéant, l’accord du syndicat ou du regroupement local.
Cette logique de continuité prolonge directement celle des gardes en officine, avec laquelle la fermeture estivale s’articule étroitement.
L’information des patients et de l’ARS
Avant la fermeture, plusieurs obligations d’information s’imposent. L’affichage sur la devanture doit indiquer la durée de la fermeture, les pharmacies les plus proches assurant la permanence, et les coordonnées du service de garde. La déclaration à l’Agence régionale de santé est requise dans la plupart des régions, et l’information du conseil régional de l’Ordre est systématique. Le défaut d’information peut être sanctionné par l’Ordre, et l’absence d’affichage par les services de la concurrence et de la répression des fraudes.
La gestion des congés de l’équipe
Une fermeture estivale suppose que l’ensemble de l’équipe prenne ses congés sur la même période. Le titulaire peut imposer cette prise de congés sur le fondement de l’article L3141-15 du Code du travail, à condition de respecter un délai de prévenance d’au moins un mois et d’avoir informé les salariés des dates de fermeture suffisamment à l’avance. Le mois de mai est généralement la dernière limite raisonnable pour annoncer une fermeture en août. Pour les nouveaux entrants, le décompte des droits à congés doit être anticipé : un salarié arrivé en mai n’a pas accumulé suffisamment de droits pour couvrir trois semaines, ce qui peut générer des situations de congés sans solde si le sujet n’a pas été abordé en amont.
Toute la mécanique de planification des congés se gère plus sereinement avec une organisation rigoureuse des plannings et un suivi des droits acquis dans le cadre de la gestion des congés.
L’articulation avec les CDD de remplacement
Beaucoup de titulaires choisissent de garder l’officine ouverte en réduisant l’équipe sur place, en s’appuyant sur des CDD de remplacement pour les semaines critiques. Cette stratégie permet de maintenir l’activité tout en libérant une partie des collaborateurs. Elle suppose une anticipation des contrats : sourcing dès le printemps, signatures avant le 1er juillet, et un calendrier précis.
La paie de la période fermée
Les congés payés versés pendant la période de fermeture obéissent aux règles habituelles : ils sont rémunérés sur la base du salaire maintenu ou de la règle du dixième, la formule la plus favorable étant retenue. La prime d’ancienneté continue d’être due pendant les congés. Pour les salariés n’ayant pas accumulé suffisamment de droits, deux options coexistent : congé sans solde par accord exprès, ou anticipation sur les droits de l’année suivante avec accord écrit du salarié. Un coefficient bien positionné est la base d’un solde de paie d’août sans surprise.
Le retour de fermeture et la reprise d’activité
Le redémarrage de l’officine après trois semaines de fermeture est un moment critique. Réception des stocks accumulés, traitement des ordonnances en attente, gestion des urgences patients différées, point d’équipe : la première semaine de réouverture demande une organisation soignée. C’est aussi un bon moment pour ouvrir le cycle des entretiens professionnels ou pour préparer les actualisations RH de la rentrée.
Le cas particulier des officines sans fermeture
Dans les centres-villes denses et les zones touristiques, beaucoup d’officines restent ouvertes toute l’année. La gestion des congés se fait alors par roulement, avec un planning de relève qui suppose des arbitrages précis. Cette organisation s’appuie souvent sur des échanges de postes entre pharmaciens ou sur des CDD ciblés. La fermeture estivale n’est jamais la seule option, mais elle reste, pour les officines de proximité, la plus simple à organiser.
Ce qu’il faut retenir
Fermer en août n’est ni un droit absolu, ni une impossibilité. C’est une décision qui s’inscrit dans le maillage territorial, qui suppose une information préalable des patients et de l’ARS, et qui exige une planification rigoureuse des congés de l’équipe. Anticipée dès le printemps, elle se déroule sans heurts. Improvisée en juin, elle expose à des tensions internes et à des manquements administratifs.
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