Le DUERP en pharmacie d’officine : obligations et méthode

Le Document Unique d’Évaluation des Risques Professionnels — le DUERP — est l’un des documents obligatoires les plus souvent absents des pharmacies d’officine lors d’un contrôle de l’inspection du travail. Pourtant, il est exigible dès le premier salarié, sans exception, et son absence expose le titulaire à une amende pénale pouvant atteindre 1 500 € par infraction.

Au-delà de l’obligation légale, le DUERP est un outil concret de prévention. En officine, les risques sont réels : port de charges, exposition aux médicaments cytotoxiques, risques infectieux, stress lié au comptoir, travail de nuit. Un DUERP bien rédigé protège les salariés et le titulaire.


Qu’est-ce que le DUERP et pourquoi est-il obligatoire ?

Le DUERP est instauré par le décret du 5 novembre 2001, codifié à l’article R.4121-1 du Code du travail. Il impose à tout employeur, quelle que soit la taille de l’établissement, de transcrire et mettre à jour les résultats de l’évaluation des risques auxquels sont exposés les salariés.

Depuis la loi Santé au travail du 2 août 2021, les obligations ont été renforcées : le DUERP doit désormais être conservé pendant au moins 40 ans, et les entreprises de 11 salariés et plus doivent établir un programme annuel de prévention des risques professionnels.

En pharmacie d’officine, le DUERP relève de la responsabilité exclusive du titulaire. Il ne peut pas être délégué sans formalisme — le titulaire reste pénalement responsable en cas d’accident du travail survenu sur un risque non identifié.


Quels risques recenser en officine ?

L’évaluation des risques en officine doit couvrir l’ensemble des situations de travail. Les principaux risques à identifier sont les suivants.

Risques physiques

Le port de charges lourdes (boîtes de médicaments, colis de livraison) expose les préparateurs et livreurs à des troubles musculo-squelettiques. Les postures statiques prolongées au comptoir génèrent également des lombalgies et des douleurs cervicales. L’INRS recommande de limiter le port manuel à 25 kg pour un homme et 15 kg pour une femme.

Risques chimiques et biologiques

L’exposition aux médicaments cytotoxiques (chimiothérapies orales, médicaments hormonaux) constitue un risque chimique spécifique à la pharmacie d’officine. Les préparateurs manipulant des spécialités à risque doivent bénéficier d’équipements de protection adaptés. Les risques biologiques incluent l’exposition aux agents infectieux lors des consultations ou des collectes de médicaments non utilisés.

Risques psychosociaux

Le travail au comptoir en pharmacie d’officine est générateur de stress : flux de patients, gestion des urgences, incivilités, gestion des absences imprévues qui désorganisent l’équipe. Ces risques psychosociaux doivent figurer dans le DUERP au même titre que les risques physiques.

Risques liés au travail de nuit et aux gardes

Le travail de nuit en officine expose les salariés à des risques spécifiques : fatigue, désynchronisation du rythme circadien, isolement. Ces risques doivent être évalués et des mesures de prévention prévues.


Comment structurer le DUERP en officine ?

Le DUERP n’a pas de format imposé par la loi, mais il doit obligatoirement contenir trois éléments : l’inventaire des risques, leur évaluation (fréquence et gravité), et les mesures de prévention mises en place ou à mettre en place.

Structure recommandée

Une approche simple et efficace consiste à organiser le document par unité de travail — c’est-à-dire par poste ou zone de l’officine :

  • Comptoir de dispensation
  • Préparatoire / zone de stockage
  • Zone de réception des livraisons
  • Back-office / bureaux
  • Gardes et permanences nocturnes

Pour chaque unité, on liste les risques identifiés, on leur attribue un niveau de criticité (faible / moyen / élevé) et on précise les mesures existantes et les actions à mettre en place.

Les sources d’aide disponibles

L’INRS (Institut National de Recherche et de Sécurité) met à disposition des guides sectoriels gratuits pour la rédaction du DUERP. L’OPPBTP et les services de santé au travail peuvent également accompagner les officines dans la démarche, parfois gratuitement.


Mise à jour : à quelle fréquence ?

Le DUERP doit être mis à jour dans trois situations obligatoires, selon l’article R.4121-2 du Code du travail :

  • Au moins une fois par an pour les entreprises de 11 salariés et plus
  • Lors de toute décision d’aménagement important modifiant les conditions de travail (nouveau poste, changement de logiciel, réorganisation des horaires)
  • Lorsqu’une information supplémentaire intéressant l’évaluation d’un risque est recueillie (accident du travail, signalement d’un salarié)

En dessous de 11 salariés, aucune périodicité annuelle n’est imposée, mais la mise à jour reste obligatoire lors des deux autres situations. En pratique, une révision annuelle est fortement recommandée pour toutes les officines.


Conservation et accès au document

Le DUERP doit être conservé pendant 40 ans. Il doit être tenu à disposition des salariés, des représentants du personnel (s’il en existe), du médecin du travail et de l’inspection du travail. Il n’existe pas d’obligation de le déposer auprès d’un organisme externe.

La conservation numérique est admise, à condition que le document soit accessible à tout moment et que sa traçabilité (date de mise à jour, version) soit assurée.


Sanctions en cas d’absence de DUERP

L’absence de DUERP constitue une contravention de cinquième classe, passible d’une amende de 1 500 € (3 000 € en cas de récidive) par infraction constatée. En cas d’accident du travail survenu sur un risque non identifié dans le DUERP, la responsabilité pénale du titulaire peut être engagée pour faute inexcusable — avec des conséquences financières bien plus lourdes.

L’inspection du travail peut demander la communication du DUERP à tout moment, sans préavis. Un document absent ou non mis à jour depuis plusieurs années constitue un signal négatif fort lors d’un contrôle.


Ce qu’il faut retenir

Le DUERP n’est pas un document administratif de plus : c’est un outil de protection pour les salariés et pour le titulaire.

  • Obligatoire dès le premier salarié, sans exception
  • Doit couvrir tous les risques de l’officine : physiques, chimiques, biologiques et psychosociaux
  • Mise à jour obligatoire chaque année pour les officines de 11 salariés et plus, et à chaque changement important
  • Conservation 40 ans, accessible aux salariés et à l’inspection du travail
  • Absence sanctionnée jusqu’à 1 500 € d’amende, et risque pénal en cas d’accident

Pour aller plus loin sur vos obligations RH en officine, consultez également l’article sur le registre du personnel en pharmacie.


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