Le Développement Professionnel Continu, plus connu sous le sigle DPC, est une obligation déontologique et légale pour tous les professionnels de santé exerçant en pharmacie d’officine. Pharmaciens titulaires, pharmaciens adjoints, préparateurs en pharmacie : chacun doit justifier d’un parcours de formation continue sur une période de trois ans. Cette obligation, instaurée par la loi HPST de 2009 et refondue par la loi de modernisation du système de santé en 2016, est aujourd’hui pilotée par l’Agence Nationale du DPC (ANDPC).
Sur le terrain, c’est l’un des sujets RH les plus souvent renvoyés à plus tard. Le DPC est obligatoire, mais ses échéances sont longues et ses sanctions effectives restent rares. Beaucoup d’officines découvrent à la fin du triennat qu’aucun salarié n’a accompli son parcours, et qu’il faut tout rattraper dans l’urgence. Avec, à la clé, des financements perdus et un climat tendu en équipe.
Un parcours triennal, deux actions minimum sur trois catégories
Sur chaque période de trois ans, le professionnel doit avoir suivi au minimum deux types d’actions parmi trois catégories : la formation continue, l’évaluation des pratiques professionnelles, et la gestion des risques. Ces actions doivent porter sur les orientations prioritaires nationales définies par arrêté, ou sur des orientations propres à la profession.
Pour les pharmaciens d’officine, les thématiques récurrentes couvrent la dispensation, la pharmacie clinique, la vaccination, les entretiens pharmaceutiques, les nouvelles missions et la lutte contre l’antibiorésistance. Pour les préparateurs, le périmètre est plus restreint mais s’élargit régulièrement : conseil officinal, premier conseil, accompagnement de pathologies chroniques.
Le titulaire est concerné comme ses adjoints
L’obligation est individuelle : elle pèse sur chaque professionnel inscrit à l’Ordre national des pharmaciens. Le titulaire ne peut pas s’exonérer du DPC sous prétexte de ses responsabilités d’employeur, ce qu’il oublie parfois en pensant que la formation continue, c’est pour les salariés.
À l’inverse, ses salariés pharmaciens et préparateurs sont également soumis à cette obligation. Leur formation entre dans le cadre du plan de développement des compétences de l’officine, ce qui suppose une planification annuelle. Pour les apprentis, le sujet se pose plus tard, après l’obtention du diplôme : voir notre article sur l’apprentissage en pharmacie d’officine.
Le contrôle par l’Ordre
À l’issue de chaque période triennale, l’Ordre vérifie que chaque pharmacien inscrit a bien satisfait à son obligation. Le défaut de DPC peut être qualifié d’insuffisance professionnelle et donner lieu à une procédure disciplinaire devant la chambre de discipline de l’Ordre. En pratique, les sanctions restent rares, mais les rappels à l’ordre se sont intensifiés ces dernières années, et certaines instances régionales ont commencé à durcir leur position.
Pour les salariés, le défaut de DPC n’est pas en soi un motif de sanction disciplinaire interne par l’employeur, sauf si une obligation contractuelle expresse a été formalisée. C’est l’Ordre qui sanctionne, pas le titulaire.
Le financement diffère selon le statut
Pour les pharmaciens titulaires, le financement passe par l’ANDPC, dans la limite d’un forfait annuel précisé chaque année. L’inscription se fait sur la plateforme mondpc.fr, et le règlement est versé directement à l’organisme de formation enregistré. Le titulaire paie l’avance, qui lui est remboursée à condition que la formation soit DPC-validée.
Pour les pharmaciens adjoints et les préparateurs salariés, deux circuits coexistent. L’OPCO EP, opérateur de compétences des entreprises de proximité, finance la formation continue dans le cadre du plan de développement des compétences de l’officine. L’ANDPC peut également intervenir, sous conditions, pour les actions à forte composante DPC. Le titulaire doit articuler les deux dispositifs pour optimiser le financement et limiter le reste à charge.
Le temps de formation est du temps de travail effectif
Lorsque la formation est suivie pendant les heures d’ouverture de l’officine et à l’initiative de l’employeur, le salarié reste rémunéré normalement. Lorsqu’elle se déroule en dehors du temps de travail, des règles spécifiques s’appliquent, notamment sur la base d’un accord écrit préalable.
En pratique, beaucoup de formations DPC pour les salariés en officine se font en e-learning, sur le temps de travail, par sessions de deux à trois heures organisées pendant les périodes creuses. La planification de ces créneaux suppose une organisation rigoureuse du planning et, le cas échéant, des remplacements anticipés pour maintenir la présence pharmaceutique réglementaire.
Les nouvelles missions renforcent l’enjeu
Vaccination contre la grippe puis le covid, dépistage du SARS-CoV-2, dispensation sous protocole pour certaines pathologies courantes, entretiens pharmaceutiques pour les patients sous AVK ou asthmatiques, et plus récemment renouvellement de contraception : chacune de ces missions suppose une formation initiale validante et une mise à jour régulière des compétences.
Le DPC est le cadre naturel de ces actualisations, et l’ANDPC fléche prioritairement ses financements vers ces thématiques. Un titulaire qui anticipe les nouvelles missions de sa profession a tout intérêt à former son équipe en amont, plutôt qu’à découvrir que telle ou telle prestation n’est pas réalisable faute de formation validée.
L’organisation triennale : éviter le rattrapage de fin de cycle
Concrètement, le titulaire a intérêt à intégrer le DPC dans la gestion annuelle de l’officine : recensement des besoins par salarié, planification des sessions en fonction de l’activité, choix d’organismes de formation enregistrés auprès de l’ANDPC, suivi des justificatifs de fin de parcours.
Une feuille de route triennale, mise à jour chaque année, permet d’éviter le rattrapage en urgence en fin de période et de fluidifier le financement. Beaucoup de titulaires découvrent en année 3 qu’ils auraient pu lisser la charge sur 36 mois, au lieu de courir après les sessions disponibles entre octobre et décembre.
La valeur RH du DPC
Au-delà de l’obligation, le DPC est un levier concret de fidélisation. Dans un secteur en tension permanente sur les recrutements, les préparateurs et pharmaciens adjoints valorisent les officines qui investissent réellement dans leur formation. Un plan de développement des compétences clair, communiqué chaque année, est un argument fort en entretien d’embauche comme en entretien annuel.
Simplifiez la gestion de votre officine avec DailEasy
DailEasy est le SIRH des pharmacies d’officine : planning, gardes, remplacements, congés, pointage, RH, signature électronique et assistant IA convention collective. Essayez gratuitement sur daileasy.io.
